Compléments alimentaires
Le marché français des compléments alimentaires pèse désormais 2,9 milliards d’euros, et près de deux Français sur trois en consomment régulièrement, selon le syndicat professionnel Synadiet (2024). Gélules, gummies, ampoules, poudres : les rayons débordent, les promesses fusent. Pourtant, ces produits restent mal compris, parfois surestimés, parfois sous-estimés. Avant d’ouvrir votre prochain flacon, voici un guide clair et fondé sur des sources officielles pour faire le bon choix, en toute connaissance de cause.
Qu'est-ce qu'un complément alimentaire ?
La définition légale est précise : selon la directive européenne 2002/46/CE, transposée en droit français par le décret n°2006-352 du 20 mars 2006, un complément alimentaire est une denrée alimentaire dont le but est de compléter le régime alimentaire normal. Il s'agit d'une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, commercialisée sous forme de doses mesurées. Ce point est fondamental : un complément alimentaire n'est pas un médicament. Il ne dispose pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM), il ne revendique aucun effet thérapeutique et ne saurait remplacer un traitement prescrit par un médecin.
Concrètement, les formes galéniques sont multiples : gélules, comprimés, pastilles, ampoules liquides, sachets de poudre, préparations à diluer, et depuis quelques années, les très tendances gummies. Trois grandes familles coexistent sur le marché français, chacune avec ses spécificités.
| Famille | Exemples courants | Rôle principal |
|---|---|---|
| Vitamines et minéraux | Vitamine D, magnésium, zinc, fer, vitamine C | Combler des apports insuffisants en micronutriments essentiels |
| Plantes et extraits végétaux | Ashwagandha, ginkgo biloba, millepertuis, spiruline | Soutenir certaines fonctions physiologiques (stress, sommeil, immunité) |
| Autres substances | Mélatonine, probiotiques, oméga-3, collagène, acides aminés | Cibler des besoins spécifiques (sommeil, flore intestinale, articulations) |
La réglementation des compléments alimentaires en France
Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne font pas l'objet d'une évaluation individuelle avant leur mise en vente. Tout fabricant ou importateur doit néanmoins déclarer son produit auprès de la Direction générale de l'alimentation (DGAL), via la plateforme en ligne Compl'Alim. Cette déclaration est obligatoire, elle ne constitue pas pour autant une garantie d'efficacité ou d'innocuité absolue. C'est l'industriel qui reste responsable de la conformité de son produit.
Sur le fond, la composition est strictement encadrée : seuls peuvent entrer dans la fabrication les nutriments, plantes et substances figurant sur des listes officielles positives (arrêtés de 2006, 2014 et 2016). Les allégations de santé apposées sur les emballages sont quant à elles régies par le règlement européen (CE) 1924/2006 : seules les allégations scientifiquement validées par l'EFSA sont autorisées. ⚠️ Autrement dit, une mention comme « contribue au bon fonctionnement du système immunitaire » doit être étayée par des preuves sérieuses, ce qui exclut de facto de nombreuses promesses marketing.
Depuis 2009, l'ANSES pilote le dispositif national de nutrivigilance, qui collecte et analyse les effets indésirables signalés par les professionnels de santé, les industriels et les particuliers. Plus de 5 000 déclarations ont été enregistrées depuis sa création. Ce dispositif a déjà conduit à des mesures concrètes : en avril 2025, un arrêté a suspendu la mise sur le marché des compléments contenant la plante Garcinia cambogia, après la survenue d'hépatites aiguës graves, y compris chez des personnes sans antécédents médicaux.
- À vérifier avant d'acheter : la présence du produit dans la base Compl'Alim (compl-alim.beta.gouv.fr)
- À lire sur l'étiquette : dénomination légale « complément alimentaire », liste des ingrédients, dose journalière recommandée, avertissements éventuels
- À éviter : les produits vendus hors circuits officiels (réseaux sociaux, sites non identifiés), qui présentent un risque de non-conformité nettement plus élevé
À qui s'adressent les compléments alimentaires ?
L'ANSES est claire sur ce point : dans la population générale, une alimentation variée et équilibrée, associée à une activité physique régulière, permet de couvrir la quasi-totalité des besoins nutritionnels. Les carences sévères restent rares en France, à l'exception notable de la vitamine D. Cela ne signifie pas que les compléments sont inutiles, mais qu'ils ne s'adressent pas à tout le monde de façon indifférenciée. 💡 Certains profils présentent des besoins réels documentés.
- Femmes enceintes ou en âge de concevoir : acide folique (vitamine B9) dès le début de la grossesse, fer si carence avérée. À discuter impérativement avec un médecin.
- Personnes végétaliennes : la vitamine B12, absente des végétaux, nécessite une supplémentation systématique.
- Personnes âgées : absorption réduite de certains nutriments (vitamine D, calcium, B12), exposition solaire souvent insuffisante.
- Personnes peu exposées au soleil : vitamine D, particulièrement en automne et en hiver dans nos latitudes.
- Sportifs de haut niveau : besoins énergétiques et micronutritionnels accrus, mais l'ANSES rappelle que les compléments destinés aux sportifs exposent à des risques cardiovasculaires et neuropsychiatriques documentés.
- Personnes suivant des régimes restrictifs : risque de déficits en fer, zinc, iode ou acides gras essentiels selon les exclusions alimentaires.
D'après l'étude INCA 3 menée par l'ANSES (2014-2015), 22 % des adultes français consomment des compléments alimentaires. Le profil type du consommateur est une femme entre 18 et 44 ans, de catégorie socioprofessionnelle supérieure, achetant principalement en pharmacie (45 % des achats adultes) ou sur Internet (canal en forte croissance).
Risques et précautions : ce que l'on ne vous dit pas toujours
« Naturel » ne veut pas dire « sans danger ». C'est l'un des messages les plus importants à retenir. Les compléments alimentaires peuvent provoquer des effets indésirables, parfois graves, en cas de surdosage, d'interactions médicamenteuses ou de consommation concomitante de plusieurs produits. L'ANSES enregistre en moyenne 1 000 déclarations d'effets indésirables par an dans son dispositif de nutrivigilance, parmi lesquels figurent des cas engageant le pronostic vital.
Les interactions médicamenteuses à connaître
Certaines associations compléments-médicaments sont particulièrement risquées et nécessitent un avis médical systématique :
| Complément | Risque principal | Contre-indication à surveiller |
|---|---|---|
| Millepertuis | Réduit l'efficacité de nombreux médicaments (contraceptifs, antidépresseurs, anticoagulants) | Tout traitement médicamenteux en cours |
| Oméga-3 à fortes doses | Augmente le risque de saignement | Traitement anticoagulant (aspirine, warfarine) |
| Vitamine K2 | Peut interférer avec les anticoagulants oraux | Personnes sous AVK ou anticoagulants directs |
| Ginkgo biloba | Effet anticoagulant, risque hémorragique | Traitement anticoagulant ou antiplaquettaire |
| Levure de riz rouge | Atteintes musculaires et hépatiques (contient de la monacoline K, similaire aux statines) | Personnes sous statines ou ayant dû les arrêter |
Les compléments à surveiller
Certains surdosages en micronutriments peuvent être toxiques : un excès de vitamine A provoque des troubles hépatiques et neurologiques, un excès de vitamine D entraîne une hypercalcémie, et un apport trop élevé en sélénium peut causer des anomalies neurologiques. Ces risques sont accentués lorsqu'on cumule plusieurs compléments ou des compléments avec des aliments enrichis, sans vérifier la composition globale. ⚠️ Par ailleurs, une enquête de la DGCCRF menée en 2023 a révélé que 17 % des compléments alimentaires achetés sur des plateformes en ligne ne respectaient pas les exigences d'étiquetage ou de composition requises.
Comment bien choisir ses compléments alimentaires ?
Avant d'ajouter un complément à votre quotidien, quelques étapes simples permettent d'éviter les erreurs les plus fréquentes. Une démarche méthodique protège votre santé autant que votre budget. 💡
- Évaluez votre besoin réel. Une prise de sang prescrite par votre médecin traitant reste le meilleur moyen de confirmer une carence avant toute supplémentation. Sans diagnostic, la prise est souvent inutile — voire contre-productive.
- Consultez un professionnel de santé. Médecin ou pharmacien : 56 % des consommateurs de compléments alimentaires reçoivent une recommandation avant d'acheter, et 77 % de ces recommandations émanent de professionnels de santé (Synadiet, 2024). Ce conseil est d'autant plus important si vous suivez un traitement médicamenteux.
- Vérifiez la déclaration du produit. Rendez-vous sur la base de données officielle Compl'Alim (compl-alim.beta.gouv.fr) pour vérifier que le produit a bien été déclaré auprès de la DGAL.
- Lisez l'étiquette avec attention. La mention « complément alimentaire » doit figurer clairement, accompagnée de la dose journalière recommandée, de la liste complète des ingrédients et des éventuels avertissements (notamment pour les femmes enceintes ou les personnes sous traitement).
- Méfiez-vous des promesses excessives. Un produit qui prétend « brûler les graisses », « soigner » ou « guérir » une pathologie dépasse par définition le cadre légal des compléments alimentaires. Préférez les circuits officiels (pharmacies, parapharmacies agréées) aux achats sur les réseaux sociaux ou les marketplaces non identifiées.
FAQ sur les compléments alimentaires
Les compléments alimentaires sont-ils des médicaments ?
Peut-on prendre plusieurs compléments alimentaires en même temps ?
Les compléments alimentaires sont-ils remboursés par la Sécurité sociale ?
Quand faut-il prendre ses compléments alimentaires ?
Peut-on donner des compléments alimentaires à un enfant ?
Quelle est la différence entre un complément bio et un complément conventionnel ?
Comment signaler un effet indésirable lié à un complément alimentaire ?
Les compléments alimentaires vendus sur Internet sont-ils fiables ?
Ce qu'il faut retenir avant votre prochaine cure
Les compléments alimentaires peuvent être utiles, parfois même indispensables dans des situations précises et bien identifiées. Mais ils ne sont ni anodins ni miraculeux. Leur vraie valeur se révèle dans un usage ciblé, fondé sur un besoin réel établi avec un professionnel de santé, et non sur une tendance Instagram ou une publicité algorithmique. L'alimentation diversifiée reste la première source de micronutriments : les compléments viennent compléter, jamais remplacer.
